Rôle’n Play : trois personnages, un même univers

Dernière mise à jour : il y a 9 heures
Dans Rôle’n Play, j’ai été Kauch’hal, puis Tolios. Aujourd’hui, je joue Aleksanteri. Trois personnages dans le même univers, à des moments différents de son histoire. Et trois façons assez différentes de m’installer autour de la table.
Les deux premiers pouvaient rester longtemps en retrait. Aleksanteri, lui, parle énormément. Cela change ma voix, ma posture, le rythme auquel je prends part à une scène. C’est ce que j’avais envie de raconter ici, avec quelques souvenirs de ces personnages qui m’ont accompagné pendant des années.
Rôle’n Play, pour ceux qui arrivent

Nous sommes une bande de comédiens et de comédiennes qui jouons ensemble des campagnes de jeu de rôle sur table. L’émission existe depuis 2018, et les parties se regardent sur la chaîne YouTube de Rôle’n Play. Julien Dutel crée les aventures et mène le jeu dans son univers de Pangée. Nous y apportons nos personnages, nos décisions, beaucoup d’écoute et d’improvisation. Les dés ont aussi leur mot à dire. Cela donne de longues histoires à suivre, avec des moments très drôles et, parfois, des émotions qu’on n’avait vraiment pas prévues.

J’ai rejoint l’aventure en 2021, avec Résurgence. Il y a ensuite eu L’Ombre des Douze, puis ECLYPSE. Même univers, d’autres périodes, d’autres compagnons, et une autre personne à retrouver chaque fois que je m’assieds à cette table.
Aleksanteri, qui a toujours une question de plus

Dans ECLYPSE, j’interprète Aleksanteri, un mage nain dont les illusions et les capacités psychiques peuvent être si réalistes qu’elles blessent. C’est quelqu’un d’extrêmement intelligent. Il a passé énormément de temps à étudier la magie, à accumuler des connaissances et à explorer des idées très élaborées. Le sarcasme, en revanche, peut le laisser complètement perplexe.
Il lui manque certaines évidences de la vie en société : lire une émotion, comprendre un sous-entendu, sentir ce qui se dit sans être formulé. Alors il questionne. Beaucoup. Il est amical et prend une grande place dans les échanges, même quand il n’en comprend pas bien les codes. C’est assez différent de mes deux précédents compagnons.
C’est aussi un grand gaillard. Sa présence physique, son débit et sa façon de suivre une conversation me donnent autre chose à jouer. Derrière son besoin de précision, il y a une exigence envers lui-même qui peut devenir encombrante. Il aimerait bien comprendre, et bien faire. La vie avec les autres ne lui facilite pas toujours la tâche.
Ce que je n’avais pas anticipé chez lui, c’est la compassion. Accepter de ne pas comprendre quelqu’un et l’aimer quand même. Cela me touche beaucoup. J’avais préparé ses traits, son histoire, sa manière de raisonner. Cette tendresse-là, je l’ai surtout découverte en le jouant.
Pour Aleksanteri, choisir un épisode préféré est encore trop difficile. Je vous conseille plutôt de commencer par Ismer-komà, ECLYPSE, prélude, première partie. C’est un très bon point de départ pour découvrir ce que nous faisons.
Kauch’hal, tout ce qu’il gardait pour lui

Kauch’hal, mon rôdeur gobelin dans Résurgence, était plutôt de l’école du silence et des phrases percutantes de temps en temps. Je lui avais donné une voix éraillée, une posture légèrement voûtée et une politesse à laquelle il tenait. Il observait beaucoup. Cela ne voulait pas dire qu’il ne se passait rien à l’intérieur.
Il était spécialisé dans la chasse aux monstres, savait utiliser les poisons et pouvait infliger de gros dégâts aux créatures dangereuses. Mais ce qui me reste surtout de lui, c’est cette retenue. Pendant beaucoup de séances, j’ai gardé pour moi des commentaires ou des gestes qu’il aurait pu avoir. Parce qu’il hésitait. Parce qu’il tenait aussi aux autres.
Son passé pesait sur sa manière de chercher une place parmi eux. Être utile, être respecté, avoir quelque chose auquel se raccrocher comptait beaucoup. Sa loyauté affichée pouvait donner l’impression qu’il avait des certitudes. Moi, je jouais quelqu’un chez qui le doute restait très présent, y compris sur sa propre capacité à juger les autres.
Il y avait donc beaucoup de pression derrière ce calme. Et quand elle finissait par sortir, elle portait tout ce qui s’était accumulé au fil des parties. C’est une des choses que j’ai aimées avec Kauch’hal : une scène pouvait prendre un poids énorme grâce à ce qu’on avait vécu bien avant.
Tolios cherchait une vie plus simple

Tolios, le Dragon Pourpre de L’Ombre des Douze, était un moine qui avait aussi développé des pouvoirs de sorcier grâce à un pacte lié au feu. Il était dynamique et physiquement puissant, mais plus svelte et réservé dans mon interprétation. Lui aussi pouvait rester en retrait, puis intervenir à un moment bien précis.
Les codes sociaux, il les comprenait. Il n’était simplement pas très malin. Il pouvait être naïf, un peu benêt, et chercher une simplicité que la vie ne lui accordait pas souvent. J’aimais ce décalage entre tout ce dont il était capable physiquement et les situations humaines qui le dépassaient.
Pour autant, sa naïveté ne le protégeait pas des émotions compliquées. Il avait de la ténacité, une envie de protéger ce qui comptait pour lui, et pouvait se laisser emporter par ce qu’il trouvait injuste. Tout cela me donnait beaucoup à jouer derrière son côté parfois très drôle. Il ne savait pas forcément l’expliquer. Il le vivait.
Pour Tolios, ce serait le combat final. C’est là qu’il se révèle. Vous le trouverez dans Ils sont Légion, le final de L’Ombre des Douze (La Chute, arc 4, épisode 12). Attention, cet épisode dévoile la fin de la campagne. À garder pour plus tard si vous voulez découvrir l’histoire dans l’ordre.
Avant de retrouver la table
Techniquement, rien. Techniquement, beaucoup de choses.
Je me prépare comme pour une partie de jeu de rôle habituelle : retrouver où le personnage en est, ses capacités, ce qui s’est passé à la dernière séance, puis me remettre dans sa peau.
Pour chacun, j’ai écrit un autre passé et choisi des traits qui m’emmenaient ailleurs que les précédents. Je m’appuie sur une grille que j’utilise aussi dans mon travail d’écriture. Les qualités et les défauts fonctionnent un peu comme des miroirs : une qualité poussée très loin peut entraîner un défaut tout aussi marqué, et inversement.
Cette histoire reste présente dans l’interprétation, même quand on ne la raconte pas. Elle se retrouve dans la manière d’hésiter, de parler aux autres ou de prendre une décision. Je n’ai pas besoin de tout expliquer à la table pour que cela joue.
Une fois qu’on commence, il y a l’univers de Julien Dutel, les propositions des autres joueurs et ce que les dés nous réservent. Je retrouve mon personnage, et on voit où tout cela nous emmène.
Regarder les autres jouer aussi
Une des choses qui me plaît particulièrement dans l’émission, c’est de pouvoir être observateur d’une scène touchante. Je n’ai pas besoin d’y participer pour être pris dedans. Avec Kauch’hal et Tolios, j’ai beaucoup vécu cela : rester là, écouter les autres et les regarder construire quelque chose. C’est aussi une grande partie du plaisir.
Avec Roxane Michelet, nous avons aussi construit des scènes très fortes dans L’Ombre des Douze, parce que nos personnages étaient proches. Je ne vais pas dévoiler la fin de la saison, mais j’ai été tellement pris au dépourvu que les émotions ont débordé de façon évidente. C’était quelque chose à vivre.
Les caméras disparaissent. Le public aussi. En dehors des introductions et des conclusions, qui s’adressent naturellement aux spectateurs, je n’y pense pas vraiment. Même si un petit regard caméra nous échappe de temps en temps. ;P
Tout cela repose sur la confiance. On accepte ce que l’autre propose, on ajoute quelque chose et on construit ensemble. S’il y a un accroc entre nous, on en parle. Cette confiance nous permet de nous laisser embarquer, que l’on soit en train de jouer une scène ou simplement de la regarder.
Et derrière la table, Mimir Productions

L’aventure ne s’arrête pas quand les caméras s’éteignent. Rôle’n Play est produit par Mimir Productions depuis 2023. J’en suis cofondateur avec Laura Hoffmann et Julien Dutel. Laura porte la production, Julien crée les campagnes et mène les parties. De mon côté, je travaille aussi sur les partenariats et le développement de nouveaux projets.
C’est une autre facette de mon travail, mais elle rejoint le même plaisir : faire vivre des histoires. Pour découvrir ce qui se construit autour de l’émission, vous pouvez consulter la présentation officielle d’ECLYPSE ou la page consacrée à mon travail d’animateur et de producteur. Et si l’émission vous plaît, la partager autour de vous nous aide beaucoup.
Ryan Highley est un comédien anglais travaillant à l’international, en anglais et en français. Kauch’hal, Tolios et Aleksanteri sont interprétés en français.
Illustrations des personnages fournies par Black Book Éditions. Illustrateurs : Ignacio Corva (Aleksanteri et Tolios) ; Xavier Baudelet (Kauch’hal).



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